Les faits et la décision du Tribunal supérieur de justice de Navarre
Selon les informations officielles du Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol, les faits se sont déroulés le 25 janvier 2025 dans un supermarché de Pampelune. L’accusation soutenait qu’un homme de 72 ans avait touché, par-dessus les vêtements, la région fessière d’une fillette de trois ans et demi. L’Audiencia Provincial de Navarre l’avait condamné à quatre ans et un jour d’emprisonnement pour une infraction sexuelle sur une mineure de moins de seize ans.
La chambre civile et pénale du Tribunal supérieur de justice de Navarre a annulé cette condamnation et prononcé la relaxe. La majorité n’a pas estimé établi, avec le degré de certitude requis en matière pénale, que le contact avait une signification sexuelle. Elle a jugé plausible l’explication selon laquelle le geste visait à écarter la fillette, qui se trouvait dans une zone de passage tandis que le prévenu poussait un chariot.
Le communiqué officiel précise que la mère n’a pas été témoin du contact et que la chambre a apprécié tant la déclaration de l’enfant que le contexte de l’épisode. La décision n’est pas définitive : elle peut faire l’objet d’un pourvoi devant le Tribunal suprême. L’un des trois magistrats a formulé une opinion dissidente en faveur du maintien de la condamnation, estimant que le témoignage de la mère corroborait le récit de la fillette.
La relaxe ne signifie pas que l’enfant aurait inventé les faits ni qu’une fausse plainte aurait été déposée. Elle tranche une autre question : les preuves permettaient-elles d’affirmer, sans doute raisonnable, que le contact établi constituait un acte de nature sexuelle imputable au prévenu ?
Le caractère sexuel est un élément qui doit être prouvé
L’article 181.1 du Code pénal espagnol sanctionne les actes à caractère sexuel commis sur une personne de moins de seize ans. Lorsqu’un attouchement est en cause, le tribunal doit apprécier non seulement l’existence d’un contact physique, mais aussi sa signification au regard de la zone du corps concernée, du mode d’exécution, de la durée, du contexte, des paroles prononcées et des autres circonstances établies.
Aucune règle ne transforme automatiquement tout contact avec une zone intime en infraction, mais un aveu ou une preuve biologique ne sont pas non plus indispensables. Le caractère sexuel peut être raisonnablement déduit de l’ensemble des preuves. Il est essentiel que la décision expose cette déduction et qu’aucune autre explication raisonnable compatible avec l’innocence ne subsiste.
La présomption d’innocence garantie par l’article 24.2 de la Constitution espagnole oblige l’accusation à prouver tous les éléments de l’infraction. Si, après appréciation des preuves recevables, un doute raisonnable demeure sur l’intention ou la signification objective du geste, la relaxe doit être prononcée. Cette exigence protège contre les condamnations incertaines sans nier la nécessité d’écouter et de protéger la personne qui signale un possible abus.
Témoignage de l’enfant, corroboration et opinion dissidente
La déclaration d’une victime peut constituer une preuve suffisante pour condamner, y compris en l’absence de témoin direct. Son appréciation ne repose pas sur une formule mathématique : sont examinés la manière dont le récit a été recueilli, sa permanence substantielle, sa cohérence et les éléments périphériques susceptibles de le confirmer ou de l’affaiblir. Avec de très jeunes enfants, il faut en outre éviter les questions suggestives et les répétitions inutiles.
La loi espagnole de procédure pénale prévoit que, dans les affaires d’infractions sexuelles où la victime a moins de quatorze ans, sa déclaration puisse être recueillie comme preuve préconstituée, avec l’intervention de spécialistes et dans le respect du contradictoire. L’enregistrement peut ensuite être diffusé au procès afin de limiter de nouvelles auditions et la victimisation secondaire.
L’opinion dissidente montre que les mêmes éléments peuvent recevoir une appréciation juridique différente. La majorité a retenu une autre explication plausible ; le magistrat dissident a accordé une force corroborante plus importante au témoignage de la mère. Tant que le Tribunal suprême ne s’est pas prononcé sur un éventuel pourvoi, il convient de distinguer clairement la décision majoritaire de l’analyse dissidente.
Conséquences pratiques pour une plainte ou une défense
En cas de suspicion d’abus sur un enfant, il convient de signaler rapidement les faits à la police, à la Guardia Civil, au parquet ou au tribunal, et de noter les paroles spontanées de l’enfant sans le soumettre à un interrogatoire familial. Il est également utile d’identifier les témoins, de demander rapidement la conservation des images de vidéosurveillance et de garder toute communication associée. Les enregistrements des commerces sont souvent écrasés après un délai court.
La protection de l’enfant exige de l’écouter sans pression, d’éviter toute confrontation avec la personne mise en cause et de laisser des professionnels spécialisés conduire l’entretien. La rapidité est importante, mais elle ne justifie ni de combler les lacunes, ni de suggérer des réponses, ni de diffuser des informations susceptibles d’identifier la victime.
Du point de vue de la défense, il est essentiel de reconstituer les lieux, les mouvements et l’ensemble du contexte, et non le seul instant isolé. Il faut rechercher les caméras, les témoins, les tickets, les horaires et toute donnée objective permettant de confirmer ou d’écarter une autre explication. Le droit de garder le silence n’empêche pas de préserver immédiatement des preuves susceptibles de disparaître.
La décision navarraise rappelle deux idées compatibles : le système doit enquêter avec sensibilité sur les signalements d’abus et, dans le même temps, ne peut condamner que si la nature sexuelle de l’acte et la responsabilité du prévenu sont prouvées selon le niveau d’exigence propre au procès pénal.
Conseil en droit pénal à Tenerife
Si vous devez signaler une possible infraction sexuelle ou avez reçu une convocation en qualité de personne mise en cause, le cabinet peut examiner la déclaration, les éléments périphériques, les enregistrements disponibles et la stratégie procédurale dès les premières investigations, avec une attention particulière lorsque des mineurs sont concernés.
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Sources officielles
- Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol — communiqué officiel du 16 octobre 2026 sur la relaxe prononcée par le Tribunal supérieur de justice de Navarre
- Code pénal espagnol — article 181 : infractions sexuelles sur des mineurs de moins de seize ans
- Constitution espagnole — article 24 : protection juridictionnelle, droits de la défense et présomption d’innocence
- Loi espagnole de procédure pénale — articles 449 bis, 449 ter et 730 : preuve préconstituée
Sources consultées le 19 octobre 2026. Le Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol a publié la décision le 16 octobre 2026. Le communiqué officiel n’indique ni la date exacte de l’arrêt, ni son numéro, ni son ECLI ; ce commentaire ne lui en attribue donc aucun. Il précise que la relaxe peut faire l’objet d’un pourvoi devant le Tribunal suprême et qu’une opinion dissidente a été formulée.
